Tribune: AMCHILINI est une restriction de la liberté de la femmeTribune: AMCHILINI est une restriction de la liberté de la femme

User icon Par Ahmat Moussa Adoum

En date du 8 août 2022, une pratique dénommée AMCHILINI est entrée en vigueur à Mangalmé, dans la province du Guéra. Pour rappel, il s’agit d’une vieille pratique qui vient d’être actualisée par des leaders religieux et les notables de la localité.

Les différents points qui encadrent cette pratique sont les suivants :

  • La femme elle-même peut demander à un homme de son choix de la marier. S’il accepte, il paiera le ¼ du dinar qui est l’équivalent de 35.000 Fcfa ;
  • S’il refuse, il paiera un forfait de 10.000 Fcfa ;
  • Si une femme sollicitée pour le mariage refuse, elle paiera une amende de 15.000 Fcfa ;
  • Celle qui refuse sciemment paiera une amende de 25.000 Fcfa ;
  • Si une femme « illicite » (en arabe tchadien : Harmana) se marie juste pour se rendre licite afin de retourner à son premier mari, elle paiera 150.000 Fcfa d’amende au dernier mari ;
  • Celle qui indispose son nouveau mari avec des histoires liées au premier mari, afin qu’il l’abandonne, payera une amende de 50.000 Fcfa.

En avril 2021, la charte de la transition (en cours) stipulait que le Tchad respectera tous ses engagements vis-à-vis des partenaires internationaux, y compris les textes ratifiés par le pays contre le mariage forcé et les textes internationaux qui garantissent le droit de la femme. Je vous fais remarquer que cette pratique est une menace réelle pour la femme tchadienne car elle restreint à la femme tchadienne son droit de dire non à une offre de mariage. Pire, le texte qui encadre cette pratique oblige la femme à payer une amende pour un refus d’une proposition de mariage.

Nous sommes une République qui a des lois. On ne peut pas se regrouper dans un coin du pays pour se donner des textes qui sont opposés à ceux de la République. AMCHILINI, c’est la restriction de la liberté de la femme. C’est pourquoi, au nom des engagements pris par notre pays vis-à-vis de ces partenaires internationaux sur le droit de la femme et le mariage forcé, en tant que citoyen, je vous demande d’instruire le gouverneur de la province du Guéra à l’effet d’obtenir le retrait ou l’annulation pure et simple de ce texte.

La seule loi qui doit s’appliquer aux tchadiens, c’est la constitution et les valeurs traditionnelles qui ne s’opposent pas aux textes de la République. AMCHILINI est une honte et une grave régression pour la femme tchadienne. Je regrette par la même occasion le silence du ministère de la Femme face à cette menace réelle qui pèse sur la femme tchadienne.

Comment peut-on imaginer qu’au 21e siècle, on viole à la femme son droit de dire NON à une offre de mariage et de sur quoi, on lui demande de payer une amende ? Madame la Ministre, vous êtes la première responsable du département de la femme et il vous appartient de prendre vos responsabilités pour garantir les droits de la femme tchadienne.

Cette histoire d’AMCHILINI est d’une gravité extrême au regard des engagements pris par le Tchad à l’international et risque de créer un précédent malheureux. Le pouvoir de rectifier ce tir est entre vos mains.

Le Tchad ne peut pas se permettre de soutenir une pratique qui conduit à un mariage forcé.

HISGUIMA DASSIDI Crépin
Citoyen et Président des étudiants tchadiens de France