Traite des personnes : les associations de la province du Mandoul vent debout pour mettre finTraite des personnes : les associations de la province du Mandoul vent debout pour mettre fin

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

Le Réseau des Associations du Mandoul, au sud du Tchad, a alerté les autorités de transition, sur la prolifération d’un phénomène inquiétant, qui va grandissant ces dernières années et surtout relevant d’une autre époque, notamment, la question de la traite des personnes au Nord du pays.

Le Réseau des Associations du Mandoul qui compte plus de dix associations de ladite province a tenu à rappeler les plus hautes autorités sur le phénomène qui va grandissant ces dernières années au Tchad, qui, au début, à défaut des preuves matérielles, beaucoup d’observateurs semblaient minimiser sa portée jusqu’à ce que l’opinion nationale et internationale découvre récemment, avec stupeur et indignation, grâce aux réseaux sociaux, son ampleur : la traite des personnes. Des êtres humains enchainés, séquestrés, fouettés et trainés derrière des véhicules, comme dans de films de cowboys dont plusieurs en sont morts. Puis les dépouilles mortelles sont ensuite prises en otage par les bourreaux jusqu’à ce que la contrepartie, en nature ou en numéraire, ne soit pas versée. Tels sont les faits que l’on peut observer sur les réseaux sociaux ces dernières semaines.

En effet, rappelle Delaville Sewingar Djimyabaye, porte-parole du Réseau des Associations du Mandoul, lors de cette conférence de presse, des jeunes hommes issus des différentes provinces du pays, poussés à bout par la misère ambiante qui prévaut dans leurs localités d’origine, tombent dans les nasses de leurs semblables, leurs compatriotes qui, sous le fallacieux prétexte de leur offrir du travail bien rémunéré, les livrent à toutes sortes de traitements cruels et inhumains, au 21e siècle. Lesquels traitements sont assimilables à la traite de personnes, définie par l’Article 3 du Protocole de Palerme supplémentaire à la Convention des Nations-Unies sur le crime transnational organisé,  dont le Tchad est signataire, depuis juillet 2009, comme étant “le recrutement des personnes, le transfert, l’hébergement ou l’accueil des personnes par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contraintes, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou davantage pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. L’exploitation comprend au minimum l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou des pratiques analogues à l’esclavage, la servitude ou le prélèvement d’organes“.

La traite de personnes, rappelons-le, est un crime contre l’humanité et répréhensible par les lois de la République et bien d’autres conventions internationales et les Traités régionaux dont le Tchad est signataire. Au plan national, la province du Mandoul passe pour l’une des provinces les plus touchées par le phénomène. “Il y a plus d’un an, courant juillet 2020, vingt-un (21) jeunes en provenance des localités du Mandoul, ont été embarqués, sans avoir déboursé un sou, à bord des bus des agences de voyage bien connues en direction de l’extrême nord du pays. Grace à l’alerte des familles et à la vigilance des ressortissants du Mandoul réunies au sein de la plateforme dénommée “Mandoul I ndole”, ces jeunes avaient été interceptés puis réacheminés dans leurs localités d’origine“, avance-t-il. Selon lui, il ne se passe pas un jour sans que les jeunes en situation de vulnérabilité et de précarité ne soient harponnés puis soumis à la servitude et maintenus en situation d’exploitation à des fins économiques au grand jour, au vu et au su de tous, dans un pays qui se dit un pays de droit. “Par la présente conférence de presse, nous tenons à interpeller le gouvernement tchadien sur cette flagrante violation des droits humains dont la cible est, à répétition, la jeunesse du Mandoul. Alors que la province lutte désespérément depuis plusieurs années contre une forme moderne d’esclavage liée au phénomène d’enfants bouviers, une autre forme de servitude surgit  ayant pour cible privilégiée encore et toujours des jeunes, fer de lance de la nation“, interpelle le porte-parole du Réseau des Associations du Mandoul.  C’est pourquoi, à cette occasion, il tient à informer à l’opinion publique nationale et internationale, ainsi que les partenaires du Tchad, de l’existence avérée et de la généralisation du phénomène de la traite de personnes au Tchad.

Gouvernement et partenaires du Tchad interpellés

Pour lui, toute la société humaine doit dépenser toute sa sollicitude, toute sa volonté, toute son intelligence, pour combattre cette pratique honteuse. “Ce combat doit engager la conscience de la communauté humaine dans son ensemble, car c’est la dignité humaine qui est menacée, indépendamment de sa race, son origine ethnique ou de sa nationalité, parce que les doits de l’Homme sont universels. Ce n’est ni un problème nord-sud et ni un problème Chrétiens-Musulmans“, plaide Delaville Sewingar Djimyabaye qui appelle  les organisations nationales et internationales de défense de droits de l’Homme à se saisir du dossier et diligenter des enquêtes approfondies pour situer les responsabilités. Aussi, il sollicite des partenaires au développement des appuis multiformes afin  d’aider à la réinsertion socioéconomique de ces jeunes car, dit-il, ce sont l’absence de perspectives et le déni des droits économiques qui sont les déterminants. “Il est impératif que le gouvernement dont la mission régalienne est de protéger les citoyens, d’utiliser les moyens dont il dispose pour poursuivre, arrêter et condamner les auteurs de ces crimes qui opèrent au grand jour en complicité avec des représentants locaux“, plaide-t-il.