Selon l’UNICEF, l’alimentation des enfants en bas âge n’a connu aucune amélioration au cours des dix dernières annéesSelon l’UNICEF, l’alimentation des enfants en bas âge n’a connu aucune amélioration au cours des dix dernières années

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

Les enfants de moins de 2 ans ne reçoivent pas les aliments ou les nutriments essentiels à leur épanouissement et à leur croissance, ce qui risque de nuire de manière irréversible à leur développement, selon un rapport publié mercredi par l’UNICEF.

Dans un rapport intitulé “L’échec dans l’assiette ? La crise de l’alimentation dans la petite enfance” et publié à la veille, (Ndlr, c’est-à-dire, le lundi 20 septembre 2021), du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), prévient que la hausse de la pauvreté, les inégalités, les conflits, les catastrophes climatiques et les urgences sanitaires telles que la pandémie de Covid-19 entretiennent une véritable crise de la nutrition chez les plus jeunes, crise qui n’a connu que peu d’amélioration au cours de la dernière décennie.

Les conclusions du rapport sont sans appel : alors même qu’ils se trouvent à un stade crucial de leur développement, des millions d’enfants en bas âge ne bénéficient pas d’une alimentation appropriée”, a déclaré Henrietta Fore, Directrice exécutive de l’UNICEF.

Un apport nutritionnel insuffisant au cours des deux premières années de leur vie peut nuire de façon irréversible au développement de leur corps et de leur cerveau, alors en pleine croissance, et donc à leur éducation, à leurs perspectives d’emploi et à leur avenir. Ce constat est connu depuis des années, et pourtant, peu de progrès ont été réalisés pour que les jeunes enfants consomment des aliments adaptés à leur âge, nutritifs et sûrs. Une situation que la crise persistante de la Covid-19 risque de surcroît d’aggraver“, a-t-elle ajouté.

Des schémas d’alimentation défaillants

D’après une étude portant sur 91 pays, il apparaît que seule la moitié des enfants âgés de 6 à 23 mois bénéficient du nombre minimum de repas recommandé par jour, et à peine un tiers d’entre eux consomment le nombre minimum de groupes d’aliments nécessaires à leur développement. Une analyse plus poussée menée sur 50 pays à partir des statistiques disponibles montre que ces schémas d’alimentation défaillants ont perduré ces dix dernières années.

Dans un contexte où la Covid-19 continue de perturber les services essentiels et génère davantage de pauvreté, le rapport montre que la pandémie a une incidence sur la manière dont les familles nourrissent leurs enfants. Par exemple, d’après les résultats d’une enquête menée dans des ménages urbains à Jakarta, en Indonésie, la moitié des familles ont dû réduire leurs achats d’aliments nutritifs. Par conséquent, la proportion d’enfants consommant le nombre minimum recommandé de groupes d’aliments a chuté d’un tiers entre 2018 et 2020.

Des régimes et des pratiques alimentaires inadaptés pendant l’enfance laissent des séquelles à vie. La consommation insuffisante d’aliments riches en nutriments (légumes, fruits, œufs, poisson et viande), pourtant nécessaires à la croissance des enfants en bas âge, risque de causer des problèmes de développement, d’apprentissage, de défenses immunitaires, d’infections accrues, voire d’entraîner la mort.

Les enfants de moins de 2 ans sont les plus vulnérables à toutes les formes de malnutrition – retard de croissance, émaciation, carence en micronutriments, surpoids et obésité – causées par une mauvaise alimentation. Et pour cause : c’est au cours de cette période que leurs besoins en nutriments essentiels par kilogramme de masse corporelle sont les plus importants.

L’UNICEF estime que dans, le monde, plus de la moitié des enfants de moins de 5 ans touchés par l’émaciation – soit près de 23 millions d’enfants – se situent dans la tranche d’âge 0-2 ans, et que la prévalence du retard de croissance augmente rapidement entre 6 mois et 2 ans lorsque l’alimentation n’est pas suffisante pour satisfaire à leurs besoins nutritionnels croissants.

Selon le rapport, les enfants âgés de 6 à 23 mois vivant en zone rurale ou dans des ménages pauvres sont nettement plus susceptibles de recevoir une moins bonne alimentation que les enfants vivant en zone urbaine ou issus de milieux plus riches. À titre d’exemple, en 2020, la part des enfants qui bénéficiaient d’une diversité alimentaire minimale était deux fois plus élevée en zone urbaine (39%) qu’en zone rurale (23%).

Des mesures à prendre

Pour que tous les enfants bénéficient d’une alimentation nutritive, sûre et abordable, l’UNICEF appelle les gouvernements, les bailleurs de fonds, les organisations de la société civile et les acteurs du développement à œuvrer conjointement à la transformation des systèmes alimentaires, de santé et de protection sociale au moyen de mesures clés consistant notamment à :

  • Renforcer la disponibilité et l’accessibilité financière des aliments nutritifs, tels que les fruits, les légumes, les œufs, le poisson, la viande et les aliments enrichis, en encourageant leur production, leur diffusion et leur distribution ;
  • Mettre en place des normes et une législation à l’échelle nationale afin de protéger les jeunes enfants contre les aliments et les boissons transformés et ultra-transformés néfastes pour la santé et de mettre fin aux pratiques de commercialisation préjudiciables qui ciblent les enfants et les familles.
  • Augmenter l’attractivité des aliments nutritifs et sûrs via l’utilisation de plusieurs canaux de communication, y compris les médias numériques, afin de fournir aux parents comme aux enfants des informations cohérentes et faciles à comprendre.

Le rapport souligne qu’avec des investissements, des progrès sont possibles. Par exemple, près de deux tiers (62%) des enfants âgés de 6 à 23 mois vivant en Amérique latine et dans les Caraïbes bénéficient d’une diversité alimentaire minimale, tandis que cette proportion s’élève à moins d’un enfant sur quatre en Afrique de l’Est et en Afrique australe (24%), en Afrique de l’Ouest et du Centre (21%) et en Asie du Sud (19 %).

Dans toutes les régions, des investissements sont nécessaires afin de garantir que tous les enfants bénéficient de la diversité alimentaire nécessaire pour prévenir toute forme de malnutrition et leur permettre de grandir, de se développer et d’apprendre de manière optimale.