Sécurité alimentaire : les ménages de la plupart des zones du pays sont en stress alimentaireSécurité alimentaire : les ménages de la plupart des zones du pays sont en stress alimentaire

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

L’organisation des Nations Unies pour la coordination des actions humanitaires, OCHA, a, dans un rapport sur la sécurité alimentaire, alerté que la plupart des zones du pays son en stress alimentaire à cause de la pandémie de Covid-19. A cela s’ajoutent des mesures de restrictions de la circulation et du transport ont causé par la disparition brutale du président Déby.

A la suite du décès du président de la République Idriss Déby Itno, le Conseil militaire de transition (CMT) a été mis sur pied pour diriger le pays. Le couvre-feu nocturne levé a été levé, ainsi que la réouverture des frontières, mais celle reliant Kousseri, au Cameroun à Nguéli au Tchad reste jusque-là fermée. Certaines mesures de restrictions de la circulation et du transport, ont comme conséquence une augmentation du prix du transport des personnes et des marchandises.

Dans le Lac et au Mayo-Kebbi, les activités de la campagne de contresaison du riz et du maïs se poursuivent malheureusement, elles génèrent habituellement pas de grandes quantités de main d’œuvre. Dans le bassin rizicole, les difficultés financières des riziculteurs et l’augmentation récente de leurs redevances pour leur activité leur empêche de cultiver les mêmes surfaces qu’en année normale, provoquant une légère baisse des revenus issus du travail rizicole pour les ménages pauvres et très pauvres de ces zones. En zone de transhumance, les résidus de récolte du berbéré dans les provinces du Ouaddaï et du Sila contribuent à l’alimentation des troupeaux. Du fait notamment des conflits intercommunautaires qui poussent les transhumants à favoriser certaines zones considérées comme plus sûres, une baisse anormale du niveau des mares semi-permanentes commence à être observé dans les départements d’Assoungha et Ouara (Ouaddaï), Biltine et Megri (Wadi Fira) et Goz Beida (Sila). Au Kanem, la diminution normale des pâturages est rapportée dans la plupart des localités. Un retour des déplacés à leur localités d’origine est rapporté dans les provinces du Mayo Kebbi faisant suite à une accalmie relative observée dans les zones affectées par les conflits intercommunautaires. Par ailleurs, plusieurs vagues de réfugiés ont été accueillies en territoire tchadien dans les dernières semaines, notamment en provenance du Nigéria, de la Centrafrique et du Soudan. Au Lac, plus de la moitié de la population de la province est actuellement constituée de déplacés dont les moyens d’existence sont réduits et la situation reste sous tension au Tibesti où les flux commerciaux continuent d’être perturbés. Toujours dans le Lac, les ménages très pauvres et pauvres n’ont pas de stock en raison des faibles surfaces agricoles qui sont à leur disposition.

L’approvisionnement de la plupart des marchés céréaliers est renforcé par les nouvelles récoltes de berbéré issues de la campagne de contresaison, bien que certaines perturbations aient été observées pendant la campagne électorale. L’approvisionnement connait par ailleurs un ralentissement dû aux restrictions sanitaires qui se traduit surtout par une augmentation du coût du transport. Au Lac, les conditions sécuritaires perturbent l’approvisionnement des marchés locaux, en plus des mesures sanitaires.

Hausse des prix de céréales dans plusieurs provinces

A Abéché et Biltine, des distributions de produits alimentaires importés (pâtes et riz) ont eu lieu dans le cadre de la campagne électorale, ce qui a contribué à stabiliser voire diminuer la demande sur les marchés céréaliers. En revanche, à Bongor, Kélo et Mongo, une hausse de la demande en mil et sorgho par rapport à la moyenne quinquennale et à la même période de 2020 est rapportée à cause des achats effectués pour les activités de campagne électorale. Début avril 2021, les prix du mil affichent une baisse par rapport à la moyenne quinquennale à Abéché (-5%), Abdi (-13%), Biltine (-6%) à cause des distributions signalées précédemment et de l’arrêt des exportations vers le Soudan par suite des fermetures de frontières. Inversement, les prix du mil sont en hausse, comparée à la moyenne quinquennale qui est rapportée en zone soudanienne. Ainsi, on note des hausses par rapport à la moyenne sur les prix du mil à Bongor (25%), Pala (23%) et Sarh (15%) en raison d’une hausse de la demande. Identiquement, les prix du sorgho sont en hausse à Kélo (40%) et Léré (35%).

Malgré les célébrations du Ramadan, la demande en bétail pour l’export reste en baisse par rapport à la normale et provoque une suroffre sur les marchés à bétail. Ceux-ci affichent donc une baisse généralisée des prix à l’exception de quelques-uns comme à Goz Beida ou N’Djaména dû aux activités de campagne électorale. Les ménages pauvres et très pauvres qui dépendent du marché pour leur consommation et qui ont subi une diminution de leurs revenus à cause des restrictions sanitaires, notamment au Kanem, Ouaddaï, Wadi Fira, Ennedi, Mayo Kebbi (Est et Ouest) et Tandjilé ont un accès limité aux marchés pour assurer leur consommation alimentaire. Ils ont une consommation alimentaire réduite d’adéquation minimale et sont en Stress. En revanche, les autres provinces du pays sont en mesure de couvrir leurs besoins alimentaires de base grâce aux stocks résiduels complétés en certains endroits d’une part par le produits maraîchers et d’autre part par d’achats de petits volumes sur les marchés.

Le décès récent du président Idriss Déby Itno et la création successive d’un Conseil militaire de transition ont entraîné une augmentation significative de l’instabilité politique. Alors que le CMT est susceptible de consolider le pouvoir tout au long de la transition proposée de 18 mois vers des élections promises, il est probable que des manifestations populaires soutenues et de nouvelles offensives rebelles se produisent au cours des prochains mois, à des niveaux plus élevés que lors des années précédentes. Les groupes d’opposition et de la société civile appelleront probablement à la poursuite des manifestations, et les groupes rebelles tchadiens basés en Libye – bien que récemment affaiblis par une combinaison d’offensives militaires tchadiennes et françaises – continueront probablement de s’opposer à la CMT. En raison des tendances saisonnières et des efforts de désescalade des acteurs de la société civile et des leaders communautaires dans la région sud, les affrontements entre éleveurs et agriculteurs ont diminué en fréquence et sont restés à des niveaux saisonniers bas de février à avril 2021. Le conflit entre éleveurs et agriculteurs devrait suivre le modèle récent de pics au début et à la fin de la saison des pluies – vers mai 2021 et octobre 2021 respectivement – lorsque les éleveurs déplacent leurs troupeaux en fonction aux changements saisonniers.

Perspective estimée jusqu’à septembre 2021

En l’absence d’aide alimentaire, les ménages très pauvres et pauvres du Lac devraient faire appel à des stratégies de crise, telles que la réduction du nombre de repas, la priorisation de la consommation par les femmes et enfants et la vente d’actifs productifs par les ménages hôtes ou auraient des déficits alimentaires et sont donc en crise. Il est probable que l’aide continue d’améliorer la situation alimentaire du Lac pendant toute la période de projection. Conséquemment à la recrudescence de l’insécurité aux frontières tchado-lybiennes et aux impacts négatifs de la pandémie du Covid-19, le Tibesti sera confronté à une baisse des volumes de produits alimentaires importés. Les ménages de la zone et ceux du Borkou auraient un accès limité aux marchés par suite de bas niveaux de revenus et seront en stress. Les ménages très pauvres et pauvres du Kanem, Wadi Fira et Ouaddaï auraient un accès réduit aux marchés pour leur consommation alors que leurs stocks connaîtraient un épuisement progressif. Les ménages très pauvres et pauvres de ces zones ne seront pas capables de se permettre certaines dépenses non alimentaires essentielles et seront-elles aussi en stress. Malgré la baisse des stocks des ménages et les faibles revenus découlant de la main d’œuvre, de la migration, des transfert la plupart des ménages des autres provinces du pays (Moyen Chari, Salamat, Sila) seront capables de couvrir leurs besoins essentiels, alimentaires et non alimentaires, grâce aux produits maraîchers et autres produits de contresaison comme le berbéré au Mayo Kebbi et au Guéra sans recourir à des stratégies d’adaptation. Ils ne seront pas en insécurité alimentaire.