Malade d’insuffisance rénale chronique terminale depuis 2 ans, Dénébeye Orpha, malgré son état décroche le baccalauréat avec mention assez-bienMalade d’insuffisance rénale chronique terminale depuis 2 ans, Dénébeye Orpha, malgré son état décroche le baccalauréat avec mention assez-bien

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

Mademoiselle Dénébeye Orpha, orpheline de père, âgée de 20 ans, souffrante d’insuffisance rénale chronique terminale, placée sous dialyse depuis deux ans, au Centre Hospitalier Universitaire de l’Hôpital Général de Référence Nationale de N’Djaména, vient de décrocher le baccalauréat, série A4, session d’août 2021, avec mention assez-bien. Avec pour ambition de devenir diplomate, sa maladie nécessite une prise en charge sérieuse afin de pouvoir réaliser le rêve de sa vie.

Depuis octobre 2019, le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de l’Hôpital Général de Référence Nationale (HGRN) de N’Djaména a accueilli Dénébeye Orpha, la plus jeune fille atteinte d’insuffisance rénale chronique terminale, dont la cause reste jusque-là inconnue, selon son médecin traitant, Professeur Ibrahim Mahamat, agrégé en néphrologie, en charge du service d’hémodialyse depuis 2011. Confiée à l’hôpital à la dame Achta Mahamat Bahar, surveillante de l’Unité d’Hémodialyse du CHU de HGRN, cette dernière s’occupe de sa patiente comme une mère exemplaire. Dénébeye Orpha, depuis le diagnostic de sa maladie où elle est prise en charge est soumise deux fois par semaine à la dialyse. Malgré que cette maladie l’oblige à être sous la dialyse 4 heures du temps chaque lundi et jeudi, elle a pu décrocher son baccalauréat avec mention Assez-bien. Un fait rare, au pays de Toumaï où l’insuffisance chronique terminale est perçue comme la route de la mort. Car, pour mémoire, une personne atteinte d’insuffisance, est obligé d’avoir un traitement spécial d’où la dialyse qui consiste à débarrasser le sang du patient de ses déchets toxiques par filtration afin de lui permettre de vivre. Si l’hémodialyse a donné l’espoir à Mlle Dénébeye Orpha, elle a aussi un lourd impact sur sa vie car son cas demande une opération, la transplantation.

Deux fois dans la semaine, à partir de 9 heures à l’Unité d’hémodialyse de HGRN, elle est allongée avec d’autres patients sur son lit, au drap immaculé, bouche sèche avec des nausées intenses, elle se bat pour la vie et est isolée du monde. Bien qu’affaiblie par l’insuffisance rénale chronique terminale, elle a le moral d’acier. “J’étais basketteuse au Cameroun mais je ne pouvais plus jouer car les médecins ont découvert que j’ai l’insuffisance rénale. J’étais là-bas, sous la dialyse, cependant, il n’y a pas de prise en charge et étant d’une famille pauvre, il est impossible pour moi d’être guérie. D’où mon transfert ici au pays où je suis suivie et prise en charge gratuitement“, témoin la jeune demoiselle. Arrivée en octobre 2019 à l’unité d’hémodialyse de HGRN, Dénébeye ne pouvait plus poursuivre son cursus scolaire. Cette année 2021, la jeune demoiselle consciente de sa maladie et de son état de santé a demandé à son médecin si elle pouvait repartir sur le banc d’école poursuivre les cours. “C’était dur pour moi mais j’ai pu l’établir une attestation le permettant de poursuivre les cours mais en même, elle devait être dialysée pour une séance de 4 heures du temps, deux fois par semaine. Elle n’a pas lâché et cela m’a vraiment encouragé à lui apporté de l’aide possible afin de réussir son rêve, ses ambition“. Pour la patiente, c’était difficile pour elle d’aligner cours et dialyse. “Je devrais chaque lundi et jeudi être sous la dialyse à partir de 11 heures. Je savais quoi faire car l’insuffisance rénale est une maladie des riches car cela nécessite beaucoup de moyens. C’est ainsi qu’un cousin clandoman a décidé de m’aider en m’amenant à chaque séance puis me ramener à la maison“, explique-t-elle, presque larmoyante.

Appel aux bonnes volontés

Issue d’une famille très pauvre, Dénébeye Orpha, arrive à se faire prendre en charge par le HGRN mais aussi et surtout, grâce à l’aide de son médecin traitant et des aides-soignants dudit hôpital parce que non seulement soumise à un régime spécial, mais se procurer les médicaments devient pour elle plus que difficile. “Malgré que je sois prise en charge, les coûts des médicaments qui permettent la dialyse, qui permettent d’éviter d’être anémiée sont tellement élevés que mes parents n’arrivent pas à supporter donc grâce au Professeur Ibrahim qui est mon médecin que je tiens encore“, raconte-t-elle difficilement son problème quotidien. Professeur Ibrahim Mahamat explique que le seul traitement qu’il faut pour sa patiente est la transplantation. “Pour qu’on puisse la tirer de l’affaire, il lui faut de la transplantation. Chose qui n’est pas faisable au Tchad, ni en Afrique Centrale, ni en Afrique noire francophone mais qu’en Afrique anglophone ou celle du Nord. A plus, c’est en Europe ! Notre objectif c’est d’accompagner Orpha vers ce traitement car elle est intelligente, ambitieuse et a un rêve à réaliser“, informe le médecin. C’est dans cette optique que le Professeur Ibrahim Mahamat, agrégé en néphrologie lance un appel à toutes les personnes de bonne volonté, aux associations et autres ONG de venir au secours de la jeune Dénébeye Orpha.

La dialyse, pas une fin en soi

Pour le Professeur Ibrahim Mahamat, l’exemple de succès de Dénébeye Orpha au baccalauréat de cette année démontre que l’insuffisance rénale n’est pas une fin en soi. Car selon lui, dialysé, le patient peut retrouver au moins sa stabilité pour reprendre certaines activités. “C’est d’ailleurs la léçon qu’on tire de la vie d’Orpha car vue son âge, elle est consciente en acceptant sa maladie et surtout accepter de venir à l’unité d’hémodialyse seule deux fois par semaine pour ses séances de dialyse. Malgré ces contraintes, elle étudie sous la machine afin de pouvoir réussir“, se réjouit Professeur Ibrahim Mahamat. C’est pourquoi, selon lui, les adultes désespérés peuvent prendre l’exemple sur Dénébeye Orpha afin de tenir car elle a prouvé le contraire de ce que pensent les autres patients. “Le diplôme qu’elle vient de décrocher n’est pas seulement pour elle parce que pour nous les soignants, c’est une victoire. Qu’une fille de 20 ans malade d’insuffisance rénale chronique terminale surmonte toutes ces souffrances, c’est extraordinaire. D’où il faut toujours avoir conscience de son état de santé et chercher à toujours surmonter“, explique en détail le néphrologue.