Mahamat Bakhit Moursal, président de l’ACAPP: “Nous jeunes, bannissons cette histoire de nord et de sud et revendiquons nos droits”Mahamat Bakhit Moursal, président de l’ACAPP: “Nous jeunes, bannissons cette histoire de nord et de sud et revendiquons nos droits”

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

Cinq mois après le décès du président Idriss Déby Itno, la réconciliation apparait comme la seule chose pour le développement du Tchad. Cependant, autour de cette question, beaucoup y voit un business. Mahamat Bakhit Moursal, président de l’Association pour le Consolidation des Acquis et la Promotion des Politiques Publiques (ACAPP) interpelle les autorités de transition autour de cette question et appelle les jeunes à plus de responsabilité pour un Tchad meilleur.

Cinq mois jour pour jour que le Maréchal Idriss Déby Itno est décédé. En votre qualité d’acteur de la société civile, comment appréhendez-vous l’après Déby ?

Depuis le décès du Maréchal du Tchad, le Tchad vit une période assez difficile malgré que le Conseil Militaire de Transition ait pris les choses en main. Le défunt président Idriss Déby Itno est un homme rassembleur, et tout le monde s’accorde à le dire qu’après sa mort. Et comme partout en Afrique, on reconnait les grands hommes qu’après leur mort. Nul n’est parfait et donc Idriss Déby Itno ne l’est pas aussi non plus mais reconnaissons en lui ce grand homme. Je pense pour ma part qu’il a été un homme dans l’unité des Tchadiens malgré que du Nord au Sud, il y a une divergence. Pour ce qui est du Conseil Militaire de Transition (CMT), je peux vous assurer que la seule chose qui manque, puisqu’il y a une bonne volonté de construire, il ne s’est pas entouré des bonnes personnes. Il faut que le Conseil Militaire de Transition se débarrasse de certaines personnes  et tout marchera comme sur la roulette ! Mahamat Idriss Déby Itno est un homme qui tient aussi tant au Tchad comme Idriss Déby mais je réitère que le problème est son entourage. Cependant, que les meilleurs qui sont autour de lui restent eux-mêmes et l’aide à mieux gérer la transition. L’important est que cette transition réussisse !

Il y a trop de divergence ces derniers jours autour de l’organisation du Dialogue National Inclusif. Quelle est la position de l’ACCAP ?

L’ACCAP ne participera à ce Dialogue National Inclusif que sauf s’il y a une volonté manifeste des autorités d’organiser ledit dialogue avec totale assurance qu’il sera inclusif et participatif ! Déjà, les jeunes se battent pour chercher à participer. Ce que je déplore, est que les autorités en charge du dialogue ont inclus association religieuse dans la sélection des autres associations. Tout ce qui est religieux doit être à part entière dans la participation au dialogue. Aussi, j’invite les jeunes à plus de responsabilité afin de chercher à trouver sa place qui lui est réservé dans cette affaire de dialogue national inclusif et dans tout l’appareil de ll’Etat. Exigeons aux autorités ce qui nous revient de droit au lieu d’être dans l’affaire des querelles inutiles ! Nous jeunes, bannissons cette histoire de nord et de sud et revendiquons nos droits. Il est aussi regrettable de parler de dialogue alors que certains parlent d’affaire d’ethnie ! Moi, personnellement par exemple, je suis zaghawa et Ouaddaï. Ma femme est ukrainiene et aussi Lélé donc du sud. S’il faut parler d’ethnie, je n’ai pas à me classer car mon fils est le produit de tout. Ce pays n’a plus besoin de ni musulman, ni chrétien mais des Tchadiens pour sa construction, sa refondation. On ne peut pas parler du développement dans ces conditions, non.Aussi, que les politico-militaires, s’ils veulent dialoguer, qu’ils déposent les armes et définitivement. Nous ne voulons plus du business dans ce dialogue. Il ne faut pas que les gens viennent avec l’idée d’avoir l’argent en ralliant puis après repartir, non ! Nous avons trop gaspillé de l’argent sur les faux ralliements déjà et nous ne pouvons continuer dans cette histoire. Que ceux qui sont rentrés pensent rentrer chez eux et non rentrer chercher de l’argent illégalement parce qu’y a dialogue et qu’il y a de l’argent. J’interpelle personnellement le président du Conseil Militaire de Transition, Mahamat Idriss Déby Itno à prendre les choses en main s’il veut réellement que ce dialogue tant voulu soit sincère. Il y a trop d’oiseaux de mauvais augure autour de ce dialogue. Ne cachons pas les choses, disons-le afin que ça puisse changer la configuration de ce pays si réellement nous voulons qu’il se développe.

Aux jeunes et hommes politiques, quel message avez-vous à les adresser ?

D’abord aux hommes politiques, qu’ils arrêtent de détruire le Tchad car ils ont assez détruit déjà ce pays. Il est anormal de penser son ventre avant de penser pays. Nous allons tous mourir un jour mais le pays restera alors qu’ils posent des bons actes pour avoir de bons témoignages demain.Nous jeunes, nous devrons prendre notre destin en main. Nous devrons plus être spectateurs, observateurs mais des acteurs. Nous avons trop notre responsabilité dans la destruction de ce pays parce que nous pensons que la politique c’est pour des personnes âgées. Soyons des acteurs du changement.Pour qu’un pays se développe, il faut non plus la volonté des hommes politiques seulement mais aussi et surtout des jeunes. Nous devrions changer ce pays nous jeunes. C’est une question de responsabilité car un jour, on nous dira, nous avons laissé faire.