Les jeux de hasard, où le nouveau jackpot tchadienLes jeux de hasard, où le nouveau jackpot tchadien

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

Au Tchad et principalement à N’Djaména, la capitale, la démocratisation des Smartphones et de l’Internet fait prospérer les jeux de hasard. De plus en plus faciles d’accès, les paris en ligne séduisent notamment les jeunes mais beaucoup plus les chômeurs.

Des adolescents devant en train de jouer aux jeux de hasard devant un kiosque. Ph/DR

L’appétence des jeunes Tchadiens  pour les jeux de hasard n’a d’égal que leur foi en un Dieu bienveillant qui veille sur les pauvres et pourvoit aux besoins des plus nécessiteux. Les technologies de l’information ont changé la manière de croire en la chance depuis au moins cinq au pays de Toumaï. Jeux de grattage, loto, PMU, Pari-Foot, aujourd’hui les jeux de hasard ont beaucoup de succès dans plusieurs grandes villes du Tchad bien que sa régulation pose problème. Si les téléphones portables amènent avec eux leur lot d’avantages, ils traînent aussi dans leur sillage un effet peut-être moins désirable: la popularisation des jeux d’argent via téléphone, en particulier des paris sportifs. Partout dans les rues, coins et recoins de N’Djaména, la capitale tchadienne, des kiosques sont visibles regroupant beaucoup de jeunes voire même des mineurs qui s’adonnent aux jeux de hasard et jeux d’argent. A moindre programme du retour des championnats comme à l’exemple de la Champions League, ils prennent d’assaut les salles de jeu soit pour jouer, soit pour faire des retraits pour des gagnants.  « Alors que dans certains pays d’Afrique, l’engouement pour les jeux inquiète les autorités, au Tchad rien ne se fait ou du moins est en train d’être fait pour réguler cette industrie. Il faut vraiment lutter contre les effets d’addiction chez les jeunes », s’inquiète Mahamat Tahir Djibrine, président du Parti Libéral pour l’Emancipation et le Progrès du Tchad (PLEPT), un parti de l’opposition.

Pour des jeunes gens en proie à la pauvreté, les casinos de poche peuvent représenter une source supplémentaire de revenus. Mais dans un environnement peu régulé, la popularité des jeux de hasard et leur accessibilité multiplient les risques d’addiction. « J’ai misé sur des matchs hier pour 3.000 francs CFA lors de la Champions League et j’ai gagné 200.000 francs CFA. Et comme je ne travaille pas, c’est une grosse somme pour moi », défend Ali tout heureux quand on lui demande le pourquoi de son attachement aux jeux de hasard.

Au Tchad, l’industrie des jeux d’argent connaît parfaitement son public cible et vise en particulier les jeunes hommes, plus susceptibles de succomber au démon du jeu. « Flairant l’opportunité offerte par ce business juteux, certains opérateurs mobiles et sites Internet ont créé des jeux de hasard et d’argent en ligne. A N’Djaména notamment, les sites de paris sportifs ont beaucoup de succès », explique Arnaud, sociologue. Mais personne ne mesure les conséquences de ces jeux sur les jeunes, surtout les mineurs qui, eux aussi s’adonnent à cœur ouvert à cette industrie. Selon le cabinet Deloitte, 660 millions d’Africains seront équipés de téléphones en cette année 2020, le double par rapport à 2016. Quoi de plus juteux pour les entreprises des jeux de hasard qui veulent maximiser de profit ! Il faut rappeler que trente ans après les premiers casinos et PMU sur le continent africain, certains pays s’inquiètent des effets néfastes du jeu sur la société. Au Tchad, avec la crise, les jeux de hasard et paris en tous genres rencontrent plutôt un vif succès et sont devenus du jour au lendemain des pourvoyeurs d’emplois, mais ils sont aussi une manne financière pour l’État.

Na-ideyam Sabre