Entre l’odeur acre de gaz lacrymogènes, des tirs à balle réelle et des pneus brûlés, N’Djamena en plein ébullitionEntre l’odeur acre de gaz lacrymogènes, des tirs à balle réelle et des pneus brûlés, N’Djamena en plein ébullition

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

N’Djamena vit ce mardi 27 avril des scènes de guérilla urbaine entre les forces de l’ordre et des milliers de jeunes réclamant le retour à l’ordre constitutionnel et/ou la remise du pouvoir aux civils. Des heurts qui ont fait quelques morts signalés à N’Djaména, un à Moundou, la capitale économique et des centaines de blessés.

La ville de N’Djamena, considérée comme un îlot de stabilité en Afrique centrale à cause des raretés des manifestations, a changé de visage depuis quelques mois où les contestations se sont intensifiées sans perspective apparente d’apaisement, car le pouvoir étant toujours détenu par des militaires, le Conseil Militaire de Transition. Plusieurs quartiers de la capitale tchadienne ont connu des affrontements d’une ampleur inconnue depuis ce mardi 27 avril, bien que la riposte policière semble se limiter essentiellement aux moyens antiémeutes même si quelques balles réelles ont été tirées faisant des victimes. La bataille a laissé, après coup, le spectacle saisissant de rues vidées de gens et de véhicules, jusqu’aux proches abords des lieux de pouvoir, et jonchées de projectiles de toutes sortes, entre les magasins tous fermés.

Retour à l’ordre constitutionnel et pouvoir aux civils

Dans le quartier populaire tels que Atrone, Gassi, Chagoua dans le 7ème arrondissement et surtout à Walia, dans le 9ème arrondissement, des groupes de jeunes scandent: “nous voulons un retour à l’ordre constitutionnel et le retour du pouvoir aux civils”. Les mêmes incidents se sont reproduits un peu plus loin vers les quartiers Moursal, Paris-Congo, dans le 6ème arrondissement et à Ardep-djoumal, dans le 3ème arrondissement. Des blindés avaient été positionnés auprès de la présidence et ses accès bouclés. Au quartier Gassi, la station Total, la succursale de l’entreprise française Total a été prise à partie par des jeunes qui ont saccagé son alimentation. Dans la foule, beaucoup exprimaient leur ressentiment contre le Conseil Militaire de Transition qu’ils accusent de vouloir s’accaparer du pouvoir alors que ce dernier annonce mener une transition de 18 mois avant de remettre le pouvoir aux civils. C’est d’ailleurs dans cette optique que la veille, un Premier ministre de transition a été nommé par décret. Dans la capitale, une fumée noire s’élève au-dessus de N’Djamena. La ville sent de l’odeur acre de gaz lacrymogènes mêlée aux odeurs des pneus brûlés ça et là. Le rappeur Ray’s Kim, lui a été blessé par balle au niveau du genou gauche. Des blessés sont conduits dans les hôpitaux et centres de santé. Certains jeunes mouillés de sang sont transportés dans les véhicules des policiers qui préfèrent faire le tour de la capitale avec eux que de les déposer aux centres de santé. Selon les dernières informations, la police antiémeute serait en manque de gaz lacrymogène les obligeant à sortir de véhicules de canon à eau. Aussi, qu’un véhicule du Groupement Mobile d’Intervention de la police (GMIP) aurait fait tonneau au quartier Walia faisant au moins deux morts,selon des sources non officielles. Le Président de la Transition, Mahamat Idriss Déby fera une adresse à la nation ce mardi à 14 heures précises. Beaucoup de Tchadiens attendent avec impatience sa sortie. Que dira-t-il ? A suivre…

Sabre Na-ideyam