Confinement total de la ville N’Djaména : difficile mais gérableConfinement total de la ville N’Djaména : difficile mais gérable

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

N’Djaména, une ville touchée par la pauvreté reste (un peu) animée malgré le confinement. Les commerces sont fréquentés, les livreurs travaillent, les dealers campent dehors… Mais derrière cette normalité apparente, plane le spectre de la précarité, renforcée par la crise de Covid-19 dont les cas ne font qu’augmentés au jour le jour.

10h30, ce dimanche 3 janvier 2021, avenue Mathias Ngarteri, au cœur du quartier Chagoua. Un ciel bleu impeccable égaie des barres d’immeubles bien ternes. Au troisième étage de l’une d’entre-elles, un homme prend la bière à son balcon en compagnie de quelques amis. En contrebas, la routine du quartier s’installe doucement. Non loin de là, deux hommes réparent une voiture dans un garage et des scooters pétaradent dans une ruelle. « Ça vit presque normalement », observe Banny, un habitant. Au troisième jour de l’annonce du confinement, entre les tracas du quotidien et les inquiétudes liées à la crise, livreurs, commerçants et autres nous livrent leur impression sur la période actuelle.

« C’est compliqué, vraiment »

Dans sa RAV4, garée face à la clinique Vision Plus, Abdoulaye a les yeux rivés sur son portable. Le jeune homme de 30 ans est venu livrer à domicile. « Depuis hier, il n’arrive plus à valider de commandes. Et en tant qu’auto-entrepreneur, ces heures non travaillées sont des heures non-payées. Non loin, deux jeunes tapent le ballon sur une petite place. Ils sont les seuls. La devanture de la maison transformée en terrain de foot, lui, reste vide, tout comme l’aire de jeu à quelques centaines de mètres de là ! Peu de monde traîne dans les rues.
Ayoub relativise : « Il y a toujours une petite ambiance ici ». Confirmation avec cette dispute bruyante venant d’un groupe de jeunes assis devant la maison. Un jeune lycéen de 17 ans assure sortir plusieurs fois aujourd’hui, et ne s’encombre pas avec l’attestation. « Je n’ai jamais été contrôlé bien qu’on parle de confinement total». Pour lui, comme pour d’autres jeunes du quartier, ce confinement « ne change pas grand-chose. Comme si les restrictions de mouvement ne les limitaient en rien dans leur mode de vie sédentaire. « Je suis casanière moi de toute façon », assure Jeanne, 15 ans. Pour Kaltouma, mère isolée de 42 ans, ce confinement est plus dur à vivre. La raison ? L’impossibilité à elle de trouver de quoi à nourrir ses trois enfants elle qui se dit se débrouiller pour nourrir ses derniers au jour le jour grâce à la vente des pagnes.

Les dealers et débrouillards bravent la décision

En début d’après-midi, quelques petits commerces longeant le boulevard Sao au quartier Moursal, dans le 6ème arrondissement tirent leur rideau de fer. Les va-et-vient se font plus rares. D’ailleurs, à 14 heures, les magasins se vident à cause de la présence des militaires qui se fait de plus en plus. Non loin du centre de Pari-foot, des badauds occupent les espaces verts, marchent, discutent. Mais il n’y a pas la foule, dans ce qui représente le quartier le plus mouvementé de N’Djaména. À l’angle d’une station de lavage d’autos et motos, adossé à un lampadaire, un jeune homme mange des concombres et salue les passants d’un check. Ses yeux panotent de gauche à droite. Discrètement. Dans sa main, il tient deux portables. « Pas trop dur le confinement ? » – « Non ça va ». Lorsqu’on l’aborde, il est avenant mais reste bref dans ses réponses. La discussion en cours intrigue deux de ses acolytes qui se rapprochent. « Tu cherches quelque chose ? », demandent-ils d’un ton sec. Non. L’échange prend fin rapidement et les trois jeunes restent camper là. Force est de constater que le confinement aura stoppé certains business, mais pas celui des dealers et de nombreux autres débrouillards.

Sabre Na-ideyam