Arnaud Ndilmbaye, sociologue, enseignant et journaliste : “Les jeunes d’aujourd’hui sont animés d’esprit de haine, de vengeance, de crime de toute sorte parce que leur première étape d’éducation familiale est ratée”Arnaud Ndilmbaye, sociologue, enseignant et journaliste : “Les jeunes d’aujourd’hui sont animés d’esprit de haine, de vengeance, de crime de toute sorte parce que leur première étape d’éducation familiale est ratée”

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

Depuis quelques semaines, l’on assiste aux crimes crapuleux, aux agressions sur les enseignants. Si le Président du Conseil Militaire de Transition, est sortie du silence pour condamner ces actes, concrètement, rien ne se fait pour mettre à l’abri les enseignants. Arnaud Ndilmbaye, sociologue, enseignant et journaliste, dans cette interview, explique les facteurs qui poussent les élèves à la violence sur leurs enseignants tout en appelant les autorités en charge de l’éducation à plus d’engagement.

Peut-on s’interroger sur la propagation du malheur dont sont les victimes les enseignants du Tchad ?

Nous faisons de cette première interrogation, la nôtre en tant que médecin de la société. Nous ne pouvons pas nous taire face à ce crime dont sont victimes les enseignants et qui trouve toujours sa cause dans la société tchadienne. Ceci est, et reste notre principale préoccupation.

Pourquoi les élèves tchadiens d’aujourd’hui (à la différence de ceux d’hier) sont enclins à la violence faite aux enseignants ?

Il serait important de reconnaitre que la société tchadienne d’aujourd’hui est différente de celle d’hier. Nul n’ignore que toute société est dynamique et évolutive. En clair, pour que cette société évolue positivement, il faut mettre l’accent sur la socialisation. Nous voulons dire que c’est simplement par le processus de la socialisation que l’on transformera positivement la société. Mais dès lors que ce processus est raté on ne peut que parler des actes de barbarie, comme si on en était encore à l’état de la nature.

En contextualisant la socialisation qui est la transmissions des valeurs positives d’une génération à une autre, nous dirons simplement que les jeunes d’aujourd’hui sont animés d’esprit de haine, de vengeance, de crime de toute sorte parce que leur première étape d’éducation familiale est ratée. Dès lors, cela peut avoir de répercussions sur une catégorie socioprofessionnelle, comme c’est le cas actuel sur les enseignants, etc. 

Quel est le facteur qui pousse les élèves de nos jours à violenter leurs enseignants ?

Plusieurs facteurs participent à expliquer la violence infligée aux enseignants. En sus de l’aspect éducatif que nous avons relevé ci-haut, s’ajoute le facteur politique qui impacte lui aussi le premier. Dans un pays où le taux des analphabètes va crescendo, on assiste toujours à des actes de crimes. Or, seuls les enseignants peuvent transformer positivement cette société malheureusement, ils sont exposés à tout danger dans l’exercice de leur noble métier. 

Quelle est la frontière qui sépare les enseignants d’hier et ceux d’aujourd’hui ?

Je ne saurais établir très clairement la différence entre les deux car le rôle premier d’un enseignant, c’est d’œuvrer pour le développent de son pays en transformant l’homme par l’éducation. Ainsi, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui continuent de jouer ce rôle. Seulement, les enseignants d’aujourd’hui ont la possibilité d’utiliser les moyens technologique acquérir de nouvelles connaissances, mais aussi et surtout pour transmettre également le savoir.

Les enseignants n’ont-ils pas une part contributive dans cette calamité qui les hante aujourd’hui ?

Le rôle des enseignants est de transformer positivement la société en inculquant à  la fois le savoir être, le savoir vivre et le savoir-faire aux élèves. Et non de faire le contraire. Hier comme aujourd’hui, cela a toujours été fait.

Les limites du système éducatif national ne peut-il pas nous servir de grille explicative ?

Tout pays qui se veut sérieux privilégie d’abord le système éducatif. Or, au Tchad, la priorité est dans la sécurité et la lutte contre la secte islamiste Boko Haram. Ce qui fait que tout ce qui touche à l’éducation n’est pas pris au sérieux. Pour preuve, plusieurs écoles sont encore en paille, ou encore sous équipée ou même sans bibliothèque. C’est d’ailleurs un secret de polichinelle. Il est temps pour les décideurs politiques en charge de l’éducation d’appliquer les états généraux du système éducatif et de veillez à recruter les bons enseignants sur les bons critères et non sur ceux fantaisistes car, les bons grains sont nombreux et peuvent encore enseigner par vocation et pour le seul but qui de développer le pays.

Propos recueillis par

Sabre Na-ideyam