A N’Djaména, nombre de veuves vivent au prix du concassageA N’Djaména, nombre de veuves vivent au prix du concassage

User icon Par SABRE NA-IDEYAM

En plein cœur de la capitale, principalement sur les grandes artères, les femmes, majoritairement des veuves concassent de graviers extraits de différentes carrières de la place, pour assurer leur pitance. Reportage

De nos jours, le commerce de gravier occupe beaucoup de personnes. Chaque matin, des jeunes femmes, veuves et des jeunes exercent ce métier à l’effet de trouver à quoi manger. Cette activité commerciale aide également les veuves et les orphelins, très nombreux dans la société tchadienne, à se prendre en charge. En effet, cette activité s’exerce dans  presque tous les coins de N’Djamena. Au quartier N’Djari dans le 8ème arrondissement en face du stade de  Diguel, on rencontre un grand nombre des femmes qui exercent dans ce secteur. Leur âge oscille entre  40 et 50 ans et la plupart d’entre elles sont issues des milieux pauvres. Le travail de ces dernières consiste à remplir les paniers de gravier et ensuite, les exposer pour la vente. Sous le soleil ardent de ce mercredi 28 octobre 2020, ces femmes sont toutes assises à même le sol, marteau à la main pour réduire les graviers volumineux, tamiser le produit et remplir leurs récipients de fabrication artisanale et bien d’autres outils leur permettant ainsi de réaliser correctement leur tâche en vue de satisfaire la clientèle.

Les différents risques et les menaces

Majoritairement constituées des mères d’enfants (Ndlr, quatre à cinq enfants), elles travaillent pour leur propre compte et pour le bien-être de leurs progénitures. Cependant, ces femmes font face à beaucoup des difficultés majeures. Le risque de maladie parce qu’elles sont exposées au soleil, l’absence de débouchés, la baisse fulgurante de la demande en cette période de marasme économique et les ennuis avec les agents de la police municipale qui exigent d’elles, des taxes arbitrairement fixées à 500 francs CFA par vendeuse et par jour. Et en plus, les clients qui viennent pour solliciter leurs offres de services proposent des prix dérisoires activant ainsi la colère de ces vendeuses. Ikhlass, sexagénaire bien sonnée, travaillant sur le site de N’Djari  se plaint du comportement de beaucoup de client. « J’opère dans ce métier depuis 2010, une année après avoir tristement perdu mon mari. Je travaille très dure pour me retrouver avec un revenu journalier très modeste qui malheureusement ne me permet pas de me nourrir correctement, de me loger décemment et enfin d’élever et éduquer mes enfants. Au paravent, je vendais le panier de gravier à 2.500 F CFA, mais aujourd’hui, mes clients n’ayant pas de marché comme par le passé, viennent rarement. Ils estiment aussi que l’ancien prix doit être revue à la baisse, car, disent-ils, avec ce prix, ils ne s’en sortent pas.  On est obligé de faire avec, puisque je ne vois pas un autre métier qui puisse m’absorber », se lamente-t-elle.

Cette femme de teint claire, visiblement affaiblie par ce travail pénible, transpire à grosses gouttes. Elle ne se lasse point, question d’assurer sa survie et celle de ses enfants. Un client interrogé sur place affirme : « au départ, nous donnons jusqu’à hauteur de 3.000 F CFA par sac en guise de charité à leur égard, vu leurs sacrifices bien qu’on sache que le panier coûte 2.500 Fcfa, mais aujourd’hui où les affaires ne marchent pratiquement pas, je suis obligé de leur proposer 2.000 F CFA et ce prix se solde habituellement par des injures à mon endroit », raconte-t-il.

Il convient également de souligner que l’environnement insalubre dans lequel ces femmes travaillent à longueur de journée, ne contribue au maintien d’une bonne santé. Débris de déchets d’origine humaine, animale et végétale, tas d’emballages recyclables sont disséminés çà et là, auxquels s’additionnent la poussière qui couvre l’atmosphère, caractérisant malheureusement leur milieu de travail. A une certaine distance, ces vendeuses de gravier deviennent quasiment invisibles du fait de l’abondance des couches de poussières qui les recouvrent entièrement. Ce qui fait dire à Hadja Maimouna les conditions dans lesquelles elles exercent. « Nous travaillons dans des mauvaises conditions d’hygiéne comme tout le monde peut le constater. Le revenu de ce travail ne nous permet pas de se prendre convenablement en charge et principalement si quelqu’un tombe malade. Je demande au gouvernent  et en  particulier à la première Dame Hinda Déby Itno, dont l’œuvre caritative a toujours été en faveur des plus démunis, de voler à notre secours afin de nous permettre de mener une vie digne, en nous facilitant par exemple l’accès au crédit commercial », prie-t-elle.